Comment s’est construit le Projet BAMiSA 

bamisa

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22 février 2019

Pour apporter une solution durable au problème de la malnutrition infantile qui touche encore beaucoup de jeunes enfants des pays du Sud, le Projet BAMiSA promeut la ‘’liquéfaction des bouillies épaisses par des amylases locales’’. Pour ce faire, l’APPB développe le concept de Bouillies Concentrées Liquéfiées (BCL). Les BCL sont des aliments diététiques capables de répondre aux besoins spécifiques des jeunes enfants et faisant appel, pour leur production, aux seules ressources locales. Le concept de BCL est le fruit d’une histoire commencée en 1982 qui associe l’utilisation des bouillies composées céréales-légumineuses et les céréales germées comme sources d’amylases.

La valeur nutritionnelle (la densité protéino-énergétique) des bouillies préparées avec des céréales et de l’eau est faible. Lors de la cuisson, la bouillie épaissit du fait de l’empesage-gélification des amidons. Même avec peu de farine, ces bouillies sont souvent trop épaisses pour être consommables par les jeunes enfants. Elles seront alors encore diluées avec de l'eau. La valeur nutritionnelle de ces bouillies dites ‘’légères’’ est alors très, très faible. Leur ‘’gros volume’’ et leur difficulté à être digéré freinent l’allaitement. L’utilisation de ces bouillies très peu nourrissantes et les pratiques catastrophiques de dilution sont à l’origine d’un grand nombre de malnutritions.

Les équipes du service de pédiatrie, du centre nutritionnel et de la pharmacie de l’hôpital de Fada N'Gourma au Burkina Faso*, prennent conscience de cette impasse nutritionnelle : ‘’Les bouillies à l’eau ne peuvent répondre aux besoins énergétiques et protéiques très importants dont les jeunes enfants ont besoin pour leur développement’’. Elles ont alors cherché une solution permettant d’obtenir des bouillies de haute valeur protéino-énergétique à partir des ressources locales. En 1982, le CREN mettait au point une farine et une bouillie composée de petit Mil, de Soja et d'Arachide. Le soja est retenu du fait de sa richesse en protéines, en particulier en lysine, et en lipides. Cette farine prend le nom de MISOLA, acronyme de ses composants. (Le L indiquait la présence de Lait en poudre, retiré assez rapidement de la composition).

La composition ‘‘céréale + légumineuses grasses’’ permettait d’atteindre les objectifs d’équilibre en macro-nutriments attendus pour une farine composée. Mais il restait à trouver le moyen d’obtenir de la bouillie de haute valeur protéino-énergétique qui, malgré la nécessité de mettre beaucoup de farine, soit suffisamment liquide pour pouvoir être facilement déglutie par les jeunes enfants.

Quelques années plus tard, le Projet MISOLA propose alors de mélanger, aux bouillies épaisses encore chaudes, une amylase locale, (farine de céréale germée ou plus simplement salive ou lait maternel) pour obtenir leur liquéfaction. Les bouillies ainsi préparées sont à la fois de haute densité protéino-énergétique et de faible viscosité (liquides ou fluides). Les objectifs de 100 à 120 Kcal pour 100 ml de bouillie fluide, recommandés par l’OMS/UNICEF, pouvaient ainsi être atteints. La piste du ‘‘malt riche en amylase’’ est exploitée et, afin de rendre très accessible et facile la liquéfaction de la bouillie, un petit sachet de malt est alors joint aux sachets de farine MISOLA.

Au fil des années, plusieurs acteurs associatifs et centres de santé adoptent le Projet MISOLA au Burkina Faso, Mali, Niger, Côte d'Ivoire, Cameroun, Tchad. Des Unités de Production Artisanale (UPA) de farine MISOLA® voient le jour dans ces pays.

Cependant la vulgarisation de l’usage des amylases locales est difficile. Le spectaculaire phénomène de la liquéfaction n’intéresse pas vraiment les Organismes Internationaux ni les grandes ONG. Celles-ci préfèrent utiliser des produits de l’agro-industrie comme les Aliments Thérapeutiques Prêts à l’Emploi (ATPE) qui apparaissent en 1996 ou des farines type CSB, (mélange de Maïs et de Soja). Les protocoles OMS institutionnalisent l’usage des ATPE. Les bouillies de haute densité protéino-énergétique ne sont guère prises en considération. Leur usage est admis pour la prévention de la malnutrition et tolérées pour la prise en charge des malnutritions modérées. L’usage des APTE est de plus en plus banalisé. Les distributions gratuites de Plumpy-Nut en dehors de la stricte indication thérapeutique, la malnutrition sévère, limite aussi le développement du projet Misola puis Bamisa.

Pour rendre plus manifeste la possibilité de concilier densité protéino-énergétique élevée et viscosité faible, le nom générique de Bouillie Concentré Liquéfiée (BCL) est proposé par l’APPB en 2017. Ainsi, les BCL désignent des bouillies liquides contenant beaucoup de farine et pas beaucoup d’eau, c’est à dire beaucoup d’éléments nutritifs sous un faible volume, bouillies qui, grâce à l’action enzymatique d’une amylase peuvent être bues et rapidement digérées du fait de leur faible teneur en amidon. Ces bouillies sont ‘’concentrées en calories et en protéines’’. L’efficacité des BCL est telle que certaines associations réussissent à traiter, avec des BCL, des enfants sévèrement malnutris qui n’ont pas trouvé de place pour être pris en charge selon les ‘’protocoles en vigueur’’.


Des solutions permettant d’obtenir des bouillies liquides malgré l’augmentation de la quantité de farine par rapport à la quantité d’eau existent. Des programmes ont ainsi incorporé des amylases industrielles aux farines locales. La farine Superamine en Algérie dans les années 70, la farine Vitafort au Congo dans les années 1990 en sont des exemples. La Farine Misola adopte maintenant cette solution.
Des recherches se sont intéressés aux farines maltées : en 1957, en Inde, Chandrasekhara, publie ses travaux sur ‘’La valeur nutritive des aliments maltés’’. D’autres recherches concernent les amylases locales : en 1986 Gopaldas introduit le concept d'"amylase rich cereal malt", ou ARA (Aliment Riche en Amylase) capable de réduire la viscosité des bouillies avec de petites quantités d'ARA **.

L’originalité du Projet BAMiSA n’est donc pas tant de faire valoir la possibilité de liquéfier des bouillies épaisses par des amylases locales puisque ce sujet est documenté. L’originalité est plutôt d’en proposer des applications accessibles sans dépendances extérieures, aux familles, aux communautés locales, aux acteurs de Santé, aux structures de Santé Publique, aux associations mettant en place des Activités Génératrices de Revenu, …


La ‘’Promotion de la liquéfaction des bouillies épaisses par des amylases locales’’ a vécue quelques péripéties. La principale a eu lieu en 2009, date à laquelle l'association MISOLA fait le choix d’incorporer, dans la farine, des amylases industrielles importées, abandonnant la promotion des amylases locales.
L'Association de Promotion du Projet BAMiSA (APPB) est alors créé pour prendre la relève. L’APPB considère en effet que la liquéfaction des bouillies épaisses par des amylases locales doit être l’affaire de tous, et que le ‘’secret’’ de la liquéfaction doit continuer à être vulgarisé et confié aux mères. Et, comme c’est la qualité de la ‘’bouillie’’ qui est déterminante dans l’alimentation de l’enfant, et non la ‘’farine’’, le mot bouillie est mis en avant dans le choix du nom du Projet. BAMiSA est ainsi l’acronyme de Bouillie Amylasée Mil, Soja, Arachide.

A la suite de cette péripétie, la majorité des acteurs africains du projet Misola s’est pliée à la décision de l’association MISOLA et les Unités de Production Artisanales ont alors reçues de l’amylase industrielle importée et répartie par ladite association.
Cependant, certains acteurs décident de continuer à promouvoir l’utilisation des amylases locales dans les bouillies et adoptent le Projet BAMiSA. De nouveaux acteurs s’inscrivent pour développer et diversifier le Projet BAMiSA. Avec eux, le Projet Bamisa peut s’inscrire, encore plus clairement, comme projet de Santé Publique et d’Education Nutritionnelle, mais aussi comme projet visant l’autonomie, la durabilité, la reproductibilité, la micro-économie circulaire et les activités génératrices de revenu.

 

* Centre Hospitalier Régional soutenu jusqu’en 1984 par l’association ‘’Frères des Hommes’’. Le Projet MISOLA a été initié par le Dr Jean Marie Sawadogo, Pharmacien, les Dr François et Claire LAURENT, responsables de la pédiatrie et Mme Simone SOUBEIGA, qui a géré la première Unité de Production Artisanale de farine MISOLA.
** Les références bibliographiques de plusieurs travaux sur ce thème sont données dans le Document 09a

 

 

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